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#Musique & Cerveau


La place de la musique dans nos sociétés est extrêmement importante. Elle fait partie de nos habitudes de vie les plus fréquentes. Dans l'Hexagone, 8 français sur 10 sondés sur le sujet déclarent que la musique est une passion, un plaisir et dans une proportion plus grande encore en écoute tous les jours. C'est un élément indispensable de nos vies. Qu'on la considère comme un art, un loisir, une science... Elle est omniprésente, jouant sur nos humeurs et nos énergies. La musique, qui plus est, concerne tous les hommes, toutes les cultures. Toutes les civilisations ont eu un rapport à elle. Tout ça nous dit une chose au fond : c'est un des besoins artistiques les plus essentiels. Elle laisse peu de gens impassibles. On évalue de 3 à 5% de la population, la proportion de gens insensibles à la musique émotionnellement parlant. On parle d'anhédonie musicale. Le terme est un emprunt à la psychologie qui caractérise une apathie face au plaisir. Il fut par ailleurs le fruit de la réflexion de Théodule Ribot, un des pères de la psychologie française. Pour être complet, on parle d'amusie pour désigner une personne incapable de reproduire un rythme ou de discerner deux notes rapprochées (moins d'une demi-octave). Cela concerne environ 4% de la population. Depuis Pythagore qui, dans un tout mathématique, quantifiait les lois de l'harmonie et cherchait la dimension céleste de la musique, en passant par Darwin qui pensait les premières vocalises de l'Homme à l'origine de la musique et du langage et jusqu'à aujourd'hui où nos avancées en neurosciences permettent de décrypter toujours plus précisément les interactions entre musique, langage et mémoire dans nos cerveaux, le quatrième art, comme le veut la classification populaire, fascine et intrigue. Alors comment la musique interagit avec nos cerveaux ? Quelles applications en sont faites concrètement? Si l'on n'en est actuellement qu'aux balbutiements de ce que le cerveau peut nous apprendre - les neurosciences, à la croisée des disciplines, sont relativement jeunes ; les avancées en imagerie cérébrale encore plus récentes, et tout ça est compliqué par le fait que la musique concerne plusieurs régions du cortex cérébral (une partie du cerveau pour le rythme et la hauteur, une pour l'émotion et la mémoire par exemple) - il n'en est pas moins des choses que l'on peut expliquer et des enseignements à en tirer. Pour commencer, il y a une part d'inné dans notre compréhension de la musique. Quelques exemples qui le montrent : Comme les adultes, les enfants en bas-âge préféreront naturellement les consonances aux dissonances. Cela ne résulte pas d'une éducation, l'être humain naît programmé comme cela. Un enfant, dès 6 mois, est capable de mémoriser une mélodie et ainsi de la reconnaître malgré un changement de tonalité ou d'interprète. Peu importe qui de Henri Dès ou de Marilyn Manson chante la berceuse favorite de l'angelot, si la mélodie est à peu près juste, il saura l'identifier. Et puis bon, passé le capital génétique, il faut leur reconnaître leur neutralité de jugement purement physiologique face à la diversité musicale. Leur esprit n'a pas encore été perverti par le poussin piou, et globalement toute la simplification musicale qu'on subit à longueur de journée « parce que les mélodies simples c'est plus facile à vendre ». Mais je m'égare un peu. Il y a ensuite une part d’acquis : l'apprentissage de la musique. On pourrait naturellement se demander si celui ci nous rend plus intelligents ? La réponse se situe quelque part entre le oui et le non. On sait, par exemple qu'une éducation musicale entre 3 et 7 ans (un âge où le cerveau est extrêmement dynamique et malléable), aiguise clairement l'esprit de l'enfant en terme de concentration et dans les apprentissages de la lecture ou d'une langue étrangère (ou plus globalement l'expression orale, la transmission acoustique y tiennent une place importante). C'est lié au fait que l'enfant produit rapidement des réseaux de connexions dédiés à l'apprentissage, des réseaux crées et stimulés par l'instruction musicale. Globalement, il est sûr qu'apprendre la musique, un instrument, développe certaines de nos capacités cérébrales et ce, même chez l'adulte. Simplement, cela s'apparente plus à une gymnastique du cerveau alors que dans les premiers âges de la vie cela crée des liaisons durables, qu'ils garderont en grandissant. C'est un fait : la musique affûte notre cerveau. De même, l'environnement sonore au début de notre vie a une place significative dans notre construction. Si les aspects positifs d'une certaine stimulation musicale semblent évidents pour solliciter ardemment les petites synapses des bambins, en réalité, on ne peut pas dire non plus que l'écoute ou l'apprentissage de musique rende littéralement plus intelligents. Il y a bien évidemment beaucoup d'autres moyens d'aiguiser nos méninges et d'autres zones à solliciter dans ce but. D'autre part, il y a d'autres facteurs entrant en jeu telle la régularité de l'apprentissage, la condition sine qua non pour établir des connexions neuronales durables chez un enfant. Compte aussi la façon d'apprendre... la pédagogie dans le domaine ayant évolué, pas la peine de confier votre enfant à une vieille folle qui ne jure que par le solfège et qui mettra des coups de règles en cas de mauvaises réponses, ça ne fera qu’acérer de mauvais sentiments. (Je sais bien : aiguiser, acérer, affûter, je suis autant dans la boucherie que dans l'écriture sur cet article) Enfin, il faut se parfois méfier d'un certain sensationnalisme de la communauté scientifique. Beaucoup d'entre vous ont sans doute déjà entendu la célèbre légende de l'effet Mozart qui rendrait les chérubins plus malins. Quitte à décevoir tous les parents qui ne le sauraient pas et qui auraient mis en boucle les airs de la flûte enchantée des milliers de fois à leur poulpe dans l'espoir d'engendrer un monstre... de créer un petit génie : ce n'est pas le cas. En 1993, les résultats d'une étude publiée dans la revue scientifique de référence « Nature » démontrent que l'écoute d'une sonate du compositeur autrichien rend les sujets de l'expérience plus prompts à la réalisation de tâches faisant appel à l'intelligence spatiale. Cette dernière est celle qui nous permet de nous faire des représentations mentales d'un espace. En 97, la majorité des auteurs de l'étude précédente récidive en démontrant sensiblement le même résultat, à savoir une augmentation des capacités de raisonnement sur des jeunes enfants pas encore scolarisés ; puis un an plus tard sur des rats confrontés à des labyrinthes. Par la multiplication des études sur le sujet et les avancées en neurosciences, le bien-fondé de ces conclusions a largement été réduit statistiquement depuis à un nombre trop faible pour être avalisé comme une vérité scientifique (la meta-analyse de Chabis en 1999 notamment). Pour autant, sur la base de ces résultats et par le biais d'un engouement médiatique tout à fait sur-évalué autour de la démonstration, certains états américains comme la Floride ou la Géorgie ont commencé à distribuer des supports de musique classique aux crèches ou aux parents. Certains sont allés plus loin en tentant des expériences pour mesurer l'impact d'Amadeus sur la productivité dans les entreprises ou le rendement floral (Je défends cependant fermement le fait que les bégonias préfèrent Bach, basé sur un échantillon de 16 spécimens que j'ai à la maison). Vous-mêmes avez peut être déjà entendu parlé récemment du prétendu effet Mozart. Il faut donc parfois se méfier des conclusions scientifiques, s'il en est, prendre du recul, si l'on peut, et ne pas céder à l'euphorie galvanisante du fourre tout psycho-ésotérique dès qu'un mec publie les résultats d'une étude menée pendant 3 mois sur 15 antilopes du Népal, bien relayé il faut dire par des médias qui doivent nourrir le feu de l'actualité continue. J'ai du moins l'impression que c'est la morale de l'histoire mais libre à vous de le voir autrement. Au final, plus intelligent, c'est donc relatif mais la musique a une capacité à stimuler des fonctions essentielles à l'apprentissage, c'est certain. Sorti de la stimulation pédagogique, on trouve des applications concrètes de ces effets acoustiques sur le cerveau dans le domaine médicinal. Les premières expériences visant à essayer de traiter par la musique des pathologies sont assez anciennes. Si la version « professionnalisée » du terme date de la seconde partie du XXe siècle, déjà, dans l'antiquité on utilisait la musique dans le cadre « thérapeutique » pour influer sur l'humeur. Bien avant encore sur l'échelle du temps, les civilisations asiatiques, chinoise notamment, utilisaient déjà une forme de musicothérapie dans leur conception de l'énergétique vitale en ayant découvert qu'il existait des fréquences de résonances et des rythmes propres à chaque organe. Popularisée dans les années 60 du siècle dernier, la musicothérapie « moderne » vise majoritairement à traiter les troubles psychosomatiques. Elle est assez récente, aussi elle livre peu de certitudes et sans doute est elle encore pleine de surprises ; cependant on peut en retrouver des applications thérapeutiques concrètes actuellement : les effets sur la mémoire, ceux sur la perception de la douleur ou encore dans le traitement de l'aphasie après un AVC. Dans ce dernier cas, on essaye de restimuler ou de rétablir les fonctions du langage notamment par l'intermédiaire du chant. L'hémisphère gauche, la partie qui souffre d'altération lors d'une aphasie est stimulée par la musique qui réclame, elle, l'utilisation deux et permet donc une récupération de l'activité du gauche en réactivant les parties encore actives dans cet hémisphère. Pour ce qui est de l'effet de la musique sur la mémoire, il s'agit là aussi d'une rééducation du cerveau. Il semblerait en effet qu'une partie des gens touchés par la maladie d'Alzheimer garde la possibilité de se rappeler d'airs de musique appris dans le passé. Si on a peu de certitudes sur le sujet, la possibilité d'accéder aux aires du souvenir semble tout de même des axes de recherches tout à fait prometteurs. Il semblerait aussi, que malgré la maladie, la capacité à reconnaître les émotions provoquée par la musique soit préservées. De même, elle serait un levier intéressant pour communiquer avec les patients. L'accès à la parole est un aspect à encourager dans le cadre de l'Alzheimer et un environnement musical facilite et encourage cela. Chimiquement, dans notre cerveau, la musique entraîne et déclenche plus facilement la parole : elle la stimule. Je parlais enfin de perception de la douleur mais en réalité je devrais parler de mémoire de la douleur. Dans le cadre de traitement assez vastes qui combinent thérapie par la parole, relaxation et chant notamment certains praticiens travaillent sur l'aspect mental de la douleur et la focalisation. Le chant, par les vibrations qu'il produit à l'intérieur de nous, a une réelle capacité d'apaisement ou du moins provoque une sensation de bien être. Par ailleurs, lorsqu'on chante, on est focalisé dessus, on se concentre sur nous même, sur notre corps, ainsi il y a un puissant effet de détournement de l'attention qui se produit et qui entraîne une baisse de la tension musculaire engendrée par la douleur. Par extension de cela, sur l'écoute de musique, on peut appliquer à peu près le même raisonnement à l'appréhension de la douleur. Par exemple, chez le dentiste, votre attention se focalisera nettement moins sur la peur de la douleur si vous êtes dans une ambiance musicale apaisante. Cela rejoint les effets de la musique, prouvés de nombreuses fois, sur la pression artérielle ou l'influence physiologique du rythme. Après avoir exploré son « utilité », difficile de finir sans aborder l'aspect plaisir de la musique, indissociable de celle-ci. Sa capacité irréfutable d'influencer nos émotions et d'en initier, de réguler nos humeurs. Le stimulus musical touche les mêmes zones de plaisir que la drogue, la pâtisserie ou encore le sexe qui sont capables d'agir sur notre sécrétion de dopamine, la fameuse hormone du plaisir. Mais aussi sur celle d'ocytocine, une autre hormone qui pourrait agir (mais les recherches sont encore très récentes) sur l'empathie ou l'anxiété. Il n'y a pas de vérité établie à ce sujet mais la façon dont notre esprit est construit pourrait être une des raisons de nos préférences musicales. Selon que nous sommes plutôt des êtres logiques ou au contraire instinctifs, notre façon d'apprécier la musique varie. Ainsi, on pourrait se demander si les cerveaux plus axés vers l'analyse émotionnelle des éléments préféreront naturellement la musique romantique à des compositions plus construites mathématiquement (celles de Bach, Boulez, Wagner ou Ravel dont les compositions étaient très maths friendly par un travail récurent sur le nombre d'or notamment). Au final, il y a beaucoup trop de facteurs externes pour en être sûrs : notre éducation musicale, notre environnement familial, social semble compter nettement plus pour nos goûts. La musique, même si elle ne dit rien, est porteuse de sens, de souvenirs, d'attaches affectives qui nous font ressentir une émotion plus ou moins forte. Selon ce que vous avez écouté jeunes, ce par quoi vous avez été traumatisés (Vivaldi me concernant... Merci maman), ces éléments précis nous raconte une histoire que notre mémoire interprète. Et ces éléments hétérogènes et complexes sont des déterminant bien plus fort de nos goûts. Pour finir, je vais aborder un thème très pratique : le fameux air qu'on a en tête, qui ne veut pas en sortir et dont on ne sais pas pourquoi il y est venu. Je suis quasiment sûr que ça touche régulièrement chacun de ceux qui lisent ces lignes. Petite explication : Notre cortex auditif, cette partie encéphale qui nous permet d'entendre, a la capacité d'enregistrer de manière involontaire et machinale les sons qui croisent nos oreilles. Tous. Là où ça devient très ironique je trouve, c'est qu'il a aussi la capacité de rediffuser ce qu'il a archivé de manière automatique. Or, lorsque nous nous chantons une chanson intérieurement, il se passe sensiblement la même chose en terme d'activité cérébrale que lorsque qu'on l'écoute vraiment. Ainsi, en diffusant un air dans votre tête, le cortex auditif le réentend et c'est un cercle sans fin ou presque. Plus les airs sont simples, mélodiquement, rythmiquement, et plus le phénomène a des chances d'arriver. Il est plus facile de s’entêter du Petit bonhomme en mousse que d'une fugue de Bach. Mais là, je ne vous apprends rien. Le truc le plus efficace pour se sortir une chanson de la tête est d'en chanter une autre à haute voix, c'est là lié au fait que la musique réclame nos deux hémisphères, comme si on court-circuitait ce juke-box inconscient. Les avancées scientifiques sauront sans aucun doute dans un futur proche nous en apprendre beaucoup plus sur toutes les interactions neurochimiques de la musique et sa faculté à stimuler nos capacités perceptives et cognitives. C'est un sujet sur lequel l'intérêt humain est très fort depuis quelques années et qui voit régulièrement sortir des études passionnantes. Le pouvoir de la musique est immense et nous ne sommes qu'au début de la compréhension du phénomène. Ce qu'il nous raconte aujourd'hui est l'occasion de s'émerveiller sur l'incroyable architecture de l'esprit humain, une forme de magie dans la construction du cerveau qui est remarquable à admirer. En espérant simplement voir ces moments où la magie deviendra science.


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