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#INTERVIEW | Ouvrez les oreilles ! La musique adoucit les mœurs et augmente la mémoire

La pratique et l'écoute de la musique auraient des effets positifs sur le développement des capacités verbales et de la mémoire, notamment chez les enfants.

Interview de Hervé PLATEL par Atlantico.fr.

Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il fait également partie d’une unité de recherche Inserm sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer. Il a notamment co-écrit Le cerveau musicien (De Boeck Université, 2010).

Atlantico : La recherche actuelle sur la musique permet d'établir de nombreux liens entre éducation musicale et développement de capacités cognitives : quels sont les liens établis ?

Hervé Platel : Certaines études sur l’impact de l’éducation musicale chez les enfants d’âge scolaire ont conclu que la musique rendait les enfants "plus intelligents", ce qui est tout à fait excessif. En revanche il est avéré que l’étude du solfège (qui est comme l’apprentissage d’une deuxième langue), ainsi que les heures d’entrainement à tenter de maitriser un instrument de musique, stimulent certaines capacités intellectuelles comme la mémoire immédiate, la concentration, l’attention et les capacités visuo-spatiales, qui sont des processus particulièrement utiles dans les apprentissages scolaires généraux.

Au niveau du cerveau, on montre également des modifications assez rapides, à la fois dans le fonctionnement et la structure cérébrale, suite au suivi de cours de musique. Tout d’abord les régions auditives et motrices du cerveau vont être particulièrement sollicitées, et des études montrent que l’épaisseur corticale augmente dans ces régions au bout de seulement quelques semaines d’étude musicale. En particulier, Krista Hyde et ses collègues de l’université McGill à Montréal ont montré dans une étude de 2009 que 15 mois de cours de musique chez des enfants produisent une augmentation de l’épaisseur de certaines parties de ce que l’on appelle le corps calleux, qui est la structure cérébrale qui relie nos deux hémisphères.

Les auteurs démontrent ainsi que l’apprentissage d’un instrument de musique stimule particulièrement la communication entre les deux hémisphères de notre cerveau, notamment entre les régions motrices et sensorielles. Cette stimulation de ces régions du cerveau et de la communication cérébrale est certainement profitable également pour d’autres apprentissages scolaires, comme cela a pu être montré pour l’apprentissage de langues étrangères. Au-delà de ces effets assez immédiats des cours de musique sur le cerveau, il est important de souligner que la poursuite pendant plusieurs années d’une pratique musicale va également avoir un impact plus global. Ainsi nous avons pu montrer dans notre laboratoire, chez des sujets musiciens jeunes adultes, que le nombre d’années de pratique musicale était corrélé avec l’augmentation de l’épaisseur corticale, non seulement dans les régions auditive et motrice, mais également dans des régions dévolues à des fonctions cognitives supérieures comme la mémoire, telles que les hippocampes du cerveau, qui sont des structures particulièrement impliquées dans l’encodage et le rappel de nos souvenirs.

Peut-on bénéficier de la musique en étant un écouteur passif ou faut-il réellement apprendre à déchiffrer la musique pour pouvoir bénéficier de ses effets positifs?

Bien entendu, l’impact de la pratique instrumentale et de l’apprentissage du solfège est forcément plus fort pour notre cerveau et nos capacités cognitives que la simple écoute de la musique. Cependant, les études s’intéressant à l’effet de la simple écoute ou exposition passive à la musique nous révèlent des constats étonnants. En particulier dans le contexte de l’utilisation de la musique auprès de patients, on voit que l’écoute musicale est très puissante pour aider à soulager la perception de douleurs ponctuelles ou chroniques, ou pour réduire les troubles du comportements et le niveaux de dépression de patients Alzheimer. L’équipe Finlandaise de Teppo Särkämö de l’université d’Helsinki a publié plusieurs études montrant, chez des patients victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC), que des séances d’écoute passive de musiques étaient plus efficace que l’écoute de livres-disques dans la récupération, au bout de 3 mois, de capacités de mémoire verbale, d’attention et de concentration, ainsi que dans la baisse de la dépression et de l’anxiété. Ces récupérations sont par ailleurs corrélées avec des modifications cérébrales. Il est encore difficile d’expliquer les raisons de l’efficacité de l’écoute musicale, notamment dans la prise en charge de maladies du cerveau, car les raisons en sont certainement multiples, mais il semble évident que le plaisir pris à l’activité et la capacité de la musique à nous captiver et nous transporter mentalement sont autant de facteurs essentiels à prendre en compte.

A quel moment l'impact de la musique sur le cerveau est le plus important ? Est-ce que maintenir des heures de musique à l'école et au collège est aujourd'hui pertinent ?

L’impact de la musique commence très tôt, dès notre vie intra-utérine, et son exposition et sa pratique peuvent avoir des bénéfices tout au long de la vie. Il est évident que l’éducation musicale est particulièrement pertinente à proposer chez l’enfant jeune et scolarisé, car on sait que les bénéfices cognitifs et les modifications cérébrales seront d’autant plus durables que cette éducation a commencé tôt et s’est prolongée par la suite. Il est certainement dommage aujourd’hui que l’éducation musicale (et plus généralement artistique) soit majoritairement découplée du parcours éducatif des enfants, proposée à l’extérieur du système scolaire et pour une minorité de privilégié.

Penser que l’éducation artistique n’est pas intéressante pour augmenter la performance scolaire est une erreur fondamentale, qui est contredite par toute les études scientifiques, en particulier dans le domaine de l’éducation musicale. Au-delà des bénéfices sur les processus intellectuels que nous avons déjà évoqués, l’éducation musicale c’est aussi une école de la discipline, de l’écoute de l’autre, du gout de l’effort par la réalisation de projets individuels ou collectifs (concerts, enregistrements…), c’est aussi la stimulation des capacités créatives qui renforce la capacité des enfants à imaginer des solutions nouvelles et ingénieuses (transposable dans le domaine des sciences ou de l’économie). Bref, il est aujourd’hui clairement dommage de voir nombre d’enfants ou d’étudiants qui considèrent que les moments les plus intéressants de leur vie se trouvent lors d’activités de partages musicaux ou artistiques, et pas dans les moments scolaires. La stimulation du circuit du plaisir et de la récompense dans notre cerveau par la pratique ou l’écoute de la musique devrait être mise au service de l’éducation de manière plus large.

Est-ce que toutes les musiques, de la musique classique au hip-hop, ont le même impact sur l'augmentation des capacités verbales et mémorielles ?

Oui, on est clairement sorti de "l’effet Mozart", où certaines études mettaient la focale sur un impact plus fort de quelques musiques sur notre cerveau. En définitive de nombreuses musiques sont efficaces et nous stimulent intellectuellement. Dans ce contexte, il faut privilégier la diversité des styles, et être curieux et l’oreille ouverte, cela fait aussi partie de l’éducation musicale. De manière inattendue, ce sont les études sur l’effet de la diffusion de musique sur le comportement et le cerveau des animaux qui nous montrent qu’il n’y a pas que la musique classique qui peut avoir un impact positif. Diverses études chez la souris ou le rat ont montré que des musiques diversifiées (classique, jazz, électroniques…), évidemment diffusées pas trop fortes, pouvaient augmenter les capacités d’apprentissage des animaux et stimulaient la création de nouveaux neurones (ce que l’on appelle la neurogénèse). Ainsi la musique se révèle être un puissant neuromodulateur, et il nous faudra certainement encore beaucoup d’études pour en comprendre et en expliquer les mécanismes fondamentaux.

Soure : ATLANTICO

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